Vivre à Saint-Quay 164 – jardin et nature

La collectif kénanais des Coquelicots évoque dans le Vivre à Saint-Quay 164 (octobre 2022) le jardin de Claude et Jean Le Rouzic à Saint-Méen. Voici leur article, accompagné des vidéos de Jean en fin d’article :

Un loisir peut en cacher un autre !

Ce témoignage est dédié à la mémoire de Claude Le Rouzic, né Capillon, qui nous a quittés le mercredi 30 juin 2021.

Claude et Jean Le Rouzic ont acheté leur terrain en 1972. Ils l’ont choisi immédiatement à cause de la présence d’eau : une ancienne fontaine et un ruisseau mitoyen en bas du jardin.

Entourée de terrains marécageux, la fontaine coulait tout le temps. Depuis 2004, suite aux travaux de la mise en place du tout-à-l’égout dans le quartier de la chapelle Saint-Méen et au captage de la source un peu plus haut, la fontaine s’est tarie.

Situé dans un premier temps en partie haute du terrain, les 50 m² potager de Claude et de Jean ont été cultivés bien avant la construction de leur maison en 1978. Ensuite, le potager fut installé en bas et s’est agrandi jusqu’à atteindre 300 m² avec une profusion de légumes (courges, asperges, artichauts, …).

Une mare existait déjà et a été consolidée pour y installer une cressonnière, des nénuphars, papyrus, jacinthes. Les galeries de taupes ont parfois fait baisser son niveau. Une fois, leur fils d’une dizaine d’années, a eu la surprise d’y pêcher des anguilles. Ils ont découvert qu’elles remontaient à la fontaine en hiver. Ce fait était connu de Monsieur Fégard (fermier voisin) qui entretenait la fontaine en la curant chaque année. Depuis les années 2013-2015, elles rencontrent des obstacles dans le ruisseau qui les empêchent de remonter comme par le passé. Deux autres bassins ont été construits pour le plaisir de disposer des carpes koï et des poissons rouges au milieu de nénuphars multicolores. Très vite, il a fallu les protéger du héron qui avait l’œil observateur et voulait se faire un festin !

Le jardin ornemental installé autour de la maison fut le travail de Claude. En particulier, elle avait la passion des plants exotiques bouturés en guise de souvenirs notamment de son pays (Vietnam). Dans la maison et sous la véranda, une belle collection d’agrumes, d’hibiscus, d’orchidées, de vanille (Nouméa) ainsi que des plants d’ananas, de frangipaniers (Cambodge ou Vietnam) constituent autant de souvenirs vivants du tour de main alerte de Claude. Dès qu’elle disposait d’une graine ou d’un noyau, elle lui donnait sa chance de grandir.

Jean travaille essentiellement au potager et au verger. Au début, il a appris auprès de l’association nationale des « Jardiniers de France » qui n’existe plus. Les confrontations d’expériences mensuelles autour d’un référent local (Charles Laouenan à Lannion) ont été très profitables. Cela lui a donné le goût de faire des greffes depuis 20 ans sur différents porte-greffes. Au départ, c’était pour « ressusciter » la variété d’un vieux pommier malade de leur jardin qui donnait d’excellentes pommes pour faire des confitures. Maintenant, il a une trentaine de pommiers.

Avec ce mode de vie serein qu’apporte le jardin, partagé avec son épouse, il a toujours été attentif à la nature. Adolescent, il ramenait des chenilles de papillons chez lui pour étudier les stades de leur évolution : nourrissage puis formation du cocon (chrysalide) et après une période de transformation, l’éclosion du papillon diurne ou nocturne.

Outre les reportages familiaux, sa passion pour l’image l’amène à adhérer à l’association Objectif Image Trégor, où il se forme à la pratique de la photographie et de la vidéo. « Une fois qu’on a commencé, on va jusqu’au bout » ; il ne compte pas son temps dans l’apprentissage des logiciels d’animation et dans la recherche documentaire. Il participe à des expositions locales, régionales et même nationales. À sa retraite, au début des années 2000, il a pris « un temps fou » pour observer les libellules de leur jardin. Résultat : en 2004, il réalise un petit film sur la naissance d’une libellule (1) avec de superbes images. Grâce à une culture de plants de fenouil dans le jardin, il a vécu une expérience peu commune : il a photographié le développement du machaon à tous ses stades jusqu’à l’envol du papillon de sa main !

Dans la serre, bien à l’abri, plusieurs crapauds mâles protègent leurs œufs. Ce sont des crapauds alytes accoucheur qui iront déposer les œufs le moment venu dans la mare, alors que les têtards des grenouilles et crapauds communs en seront sortis. Une autre particularité de ce crapaud réside dans la taille de son têtard qui atteint 6 cm de long! Aux deux stades de la vie, aquatique et terrestre, il y a inversion des tailles animales du crapaud commun et de l’alyte accoucheur.

Pendant le second confinement (2020-2021), ses connaissances et sa patience lui ont permis de réaliser un étonnant petit reportage : la « Truite de Saint Quay » (2). Jean sait que c’est en décembre que l’on peut observer sa fraie (saison de reproduction). Avec d’infinies précautions et beaucoup de persévérance, il a pu s’approcher assez près des truites venues pondre dans le ruisseau et en a fait un film de 3 minutes présenté aux journées nationales d’Objectif Image.

Depuis toutes ces années, il constate une évolution moins diversifiée de la faune et de la flore. Mais cette année, en évitant de tondre à un endroit où commençait à pousser une jeune orchidée sauvage, il s’est réjoui de sa floraison et a pu faire une série de photos sans avoir à trop se déplacer. C’est toute l’originalité de ses expériences et de leur mise en valeur.

Sa sensibilité à l’environnement lui ont permis de réaliser de nombreuses observations avec curiosité et parfois agacement, car « les oiseaux diminuent la « productivité » du jardin ». Par exemple, les merles ont l’ingénuité de percer un trou dans le filet protecteur des framboisiers et de ressortir sans être piégés. Les chevreuils causent des dégâts sur les arbres fruitiers malgré les protections et la clôture électrique.

Jean n’a pas vraiment de projet d’exploration dans son jardin : « c’est au fil de l’eau. J’essaie d’exploiter ce que l’instant m’offre. En jardinant, il faut observer ce que l’on peut pour détecter quelque chose d’autre à explorer et protéger ». Ainsi, il préserve les perce-oreilles car ils sont des prédateurs naturels des pucerons.

Jean ajoute : « la photo et la vidéo pour valoriser la nature sont complémentaires et vont très bien ensemble ». Nul doute que notre naturaliste en herbe mérite toute notre attention pour nous ouvrir les yeux sur notre environnement immédiat.


Le collectif kénanais des Coquelicots
(Nicole, Annette, Brigitte, Nathalie)

(1) Les libellules de la mare : naissance d’une libellule

 

(2) La « Truite de Saint Quay »

Saint-Quay-Perros